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Le parcours international de Yacine Bammou, formé en région parisienne puis sélectionné avec le Maroc, n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, de nombreux joueurs nés ou formés en France choisissent de porter le maillot des Lions de l’Atlas plutôt que celui de l’équipe de France.
Un vivier binational installé depuis des décennies
La Fédération royale marocaine de football s’appuie depuis longtemps sur les binationaux formés dans les centres de formation français pour étoffer ses rangs. Ce choix n’a rien d’improvisé : il repose sur une diaspora marocaine en France parmi les plus importantes d’Europe, et sur des filières de recrutement qui repèrent de jeunes joueurs dès les catégories de jeunes dans les clubs amateurs et professionnels hexagonaux. Le résultat est un réservoir de talents qui a largement contribué à la montée en puissance du football marocain sur la scène internationale ces dernières années.
Bammou, un exemple révélateur de cette trajectoire
Yacine Bammou illustre bien ce schéma. Révélé à Nantes, passé par Caen, puis par la Turquie avant de rebondir en Ligue 2 et de terminer sa carrière de joueur en Chine, l’attaquant a aussi porté le maillot marocain à plusieurs reprises en sélection, avec un but inscrit. Son choix sportif reflète une réalité partagée par beaucoup de joueurs formés en France : la possibilité de disputer des compétitions internationales avec une sélection qui leur tend les bras plus tôt, alors que la concurrence pour une place en équipe de France reste redoutable à leur poste.
Un parcours qui traverse quatre pays
- France (Nantes, 2014) : révélation en Ligue 1, premiers pas chez les professionnels.
- Caen (2018) : transfert estimé entre 2 et 2,5 millions d’euros, contrat de quatre saisons.
- Turquie (2021) : passages à l’Alanyaspor puis à l’Ümraniyespor.
- Retour en Ligue 2 : étapes à Dunkerque puis à l’AC Ajaccio.
- Chine (2024) : signature à Guangxi Pingguo Haliao, en deuxième division.
Pourquoi ce choix séduit autant de joueurs
Au-delà du cas Bammou, ce type de trajectoire s’explique aussi par l’attachement identitaire à des racines familiales, par des sollicitations précoces des sélectionneurs marocains auprès de jeunes évoluant encore en centre de formation, et par la perspective de participer à des compétitions majeures, comme la Coupe d’Afrique des Nations ou la Coupe du monde, avec une sélection en progression constante. Pour un joueur dont la carrière se construit loin des paillettes de l’élite, ce choix peut aussi accélérer une reconnaissance internationale qu’il n’aurait pas obtenue autrement.
Cette dynamique dépasse largement l’exemple de Bammou : elle traduit un mouvement de fond entre le football français et marocain, où formation et sélection ne suivent plus nécessairement le même drapeau.
Un phénomène encadré par les règles de la FIFA
Ce mouvement ne doit rien au hasard réglementaire : les règles de la FIFA autorisent un joueur à représenter la sélection d’un pays dont l’un de ses parents ou grands-parents est originaire, même s’il est né et formé ailleurs. Une fois qu’un joueur a disputé un match officiel avec les A d’une sélection, il ne peut en revanche plus changer de nationalité sportive par la suite, ce qui pousse certains fédérations à activer tôt ces contacts auprès des jeunes talents binationaux évoluant en centre de formation.
Pour la France, ce phénomène représente aussi un enjeu de concurrence : chaque joueur binational qui choisit une autre sélection est un talent formé sur le sol français qui échappe à l’équipe de France. Un arbitrage qui se joue souvent très jeune, parfois avant même les premiers matchs professionnels, et qui dépend autant de l’attachement familial du joueur que de la rapidité avec laquelle les sélectionneurs étrangers viennent le solliciter.
Un enjeu de recrutement qui dépasse le seul football
Au-delà du terrain, ce choix sportif a aussi des répercussions économiques pour les fédérations concernées, qui investissent de plus en plus dans le repérage de ces profils binationaux dès les catégories de jeunes. Pour la fédération marocaine, chaque joueur formé en France et intégré à la sélection représente un investissement de formation qu’elle n’a pas eu à financer elle-même, tout en bénéficiant directement du niveau acquis dans les filières françaises, reconnues parmi les plus performantes au monde.
